Une fille sérieuse

Publié le par Magali

[Fragments autobiographiques trash, 2016.


Quand je suis rentrée chez moi, en début d’après-midi, j’ai ressentie une énorme fatigue. J’étais vidée. Je me suis couchée, tout habillée, j’ai dormit deux heures. Le réveil a été douloureux. L’angoisse était là, toute entière. Sensation d’étouffer. Besoin d’air. D’un nouvel amant.

 

Encore rêvé de ma mère : je la griffais au visage.

 

Pour ma mère, rien n’était plus important que le sérieux. Je devais être une fille sérieuse, me lancer dans une histoire sérieuse, avec un garçon sérieux.

 

J’ai rejoint le bar. J’avais chaud. J’avais envie de boire, de plaire et de danser. Envie de vie et de joie. J’en ai eu. J’ai la gueule de bois, l’inconnu qui dort à côté de moi aussi.

 

J’aime la saveur d’un nouvel amant. Mais ce n’est pas la saveur qui nourrit.

 

Le sérieux ce sont ces règles, ces lois que l’on interrogent plus, mais auxquelles on se soumet « parce que c’est comme ça ».  Le sérieux, c’est ton père. Incarnation de la loi, celle qui ne s’explique pas et qu’il a fait rentrer avec violence dans ta tête, maman.

 

Nietzsche a dit :  Les gens libres expérimentent d’autres manières de vivre. Les gens moraux laisseraient le monde se dessécher. 

 

Tes parents se sont réconciliés avec toi à ma naissance. Ta mère m’a tricoté des chaussons, ton père ne m’a pas lâché. Oublie ces miracles passés. Je ne suis plus cet enfant prodige.

 

Ce jour-là, tu m’as perdue. Et je t’ai perdu. J’avais peur de toi, peur de t’affronter, peur de ta violence. Depuis, je n’ai eu cesse de me détruire. Tuer ce qu’il reste de toi en moi.

 

Ton père était un homme sérieux, Maman. Tu es une femme sérieuse, aussi. Qui devrais-je battre pour garder le sérieux familial ?

 

J’avais treize ans. J’allais mal. Pour m’oublier un peu, j’échangeais des lettres pleines de mots crus avec une fille de ma classe. Tu es tombée dessus, par hasard, en fouillant ma chambre. Tu m’as dites des choses qui ne s’écrivent pas. Tu m’as giflé, plusieurs fois, violement, en hurlant. Je me suis recroquevillée dans un coin de la chambre. Ça t’a énervé et tu m’as frappé plus fort. Tu as fini par quitté la chambre mais tu es revenue. Tu m’as jeté une assiette de pates froides sur le sol avant de claquer la porte à nouveau. Des macaronis étaient tombée sur la moquette. Elles étaient couvertes de saletés. Je les ai mangés, à même le sol.

 

J’avais treize ans. J’allais mal. Deux mecs venaient de fourrer leurs langues dans ma bouche.  Sans me demander mon avis. Pour le reste non plus, ils ne m’ont rien demandé.

 

Quand je t’ai raconté cette histoire, maman. Je me souviens que tu m’as traité de menteuse. Ce dont je ne me souviens pas, c’est si tu m’as frappé aussi, ce jour-là aussi.

 

Quand je vais voir un mec, je passe beaucoup de temps à choisir mes vêtements, mon maquillage. J’aime en prenant les transports m’imaginer les interactions, les petites vannes. Je me regarde dans la vitre du métro et je me trouve belle. Je me fais l’effet d’une Iphigénie avant le sacrifice. Je monte chez eux et généralement, de l’alcool m’attend. Des mojitos chez celui-là, du blanc chez cet autre, ou encore du rouge ou du champagne. Chacun pense m’offrir la boisson que je préfère. Parfois, il y a de la drogue, plus ou moins dure, selon ma chance. Nous parlons et, en les écoutant, j’essaie de me mouler au plus près de leurs attentes. Et je me drogue, je bois, je baise. Je m’objectivisme en baisant.  Parfois, ça devient violent. Et dans ces moments, les moments que je préfère, je sors de mon corps, je regarde la scène d’en haut et je pense : maman, j’emmerde ton sérieux.

 

Winnicott a dit : On se tue pour survivre.

Publié dans Fragments

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